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Le mal propre : Polluer pour s’approprier ?

Le livre de Michel Serres, de l’Académie française

Le crachat souille la soupe, le logo l’objet, la signature la page. La propriété se marque, comme on laisse des traces. D’où le théorème du philosophe Michel Serres de l’Académie française dans son livre Le mal propre : « le propre (la propriété) s’acquiert et se conserve par le sale. Mieux : le propre, c’est le sale ».


Emission proposée par : Elodie Courtejoie
Référence : PAG490
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/Le-mal-propre-Polluer-pour-s.html
Date de mise en ligne : 28 septembre 2008



Auteurs de nombreux essais philosophiques sur l’histoire des sciences, sur l’histoire du corps et de l’identité Michel Serres dans son ouvrage Le mal propre : polluer pour s’approprier ?, poursuit sa réflexion sur la manière dont nous nous approprions objets et territoires… .

La démonstration de Michel Serres s’appuie en grande partie sur l’étymologie.
« Lieu » par exemple, se dit « topos » en grec et et « locus » en latin. Tous deux désignent l’ensemble des organes sexuels féminins.
Ainsi l’explique le philosophe : « Nous avons tous habité neuf mois dans la matrice. Une bonne moitié d’entre nous quête le retour à la vulve d’origine. L’amant dit à son amante « tu es ma maison ». Voici notre premier « lieu », à la fois néonatale, de naissance et de désir ».

Parmi les lieux du monde extérieurs au corps, nous disons « ci-gît » pour désigner le lieu où reposent nos ancêtres. Ne croyez pas que c’est le lieu qui indique la mort, c’est l’inverse : c’est la mort qui indique le lieu. Et pour dormir, aimer souffrir, mourir… nous nous couchons !
« Coucher » vient du latin « col-locare », dormir en colocation, partager un lieu. En somme, nous nous approprions trois lieux fondamentaux : l’utérus, le lit et le tombeau… pour trois étapes de la vie.

Pour Michel Serres, « l’acte de s’approprier est issu d’une origine animale, éthologique, corporelle, physiologique, organique, vitale… et non d’une convention ou de quelque droit positif ».

En affichant les marques de nos vêtements, de nos voitures... Nous devenons les hommes-sandwichs de ces compagnies
En affichant les marques de nos vêtements, de nos voitures... Nous devenons les hommes-sandwichs de ces compagnies

Le philosophe s’intéresse également à notre société de consommation : « Les compagnies marquent de leur signature ce qu’ils vendent, produits alimentaires, vêtements, automobiles… Les marques partagent donc avec l’acheteur la propriété ; mieux en encore, ils la gardent ! » En effet, une voiture n’annonce pas qui je suis, mais la marque de son fabricant.
« Nous payons les constructeurs, mais en quelque sorte, ils conservent ce qu’ils cèdent. Nous ne sommes que locataire de ce que nous achetons. Ils nous volent, et ce faisant, ils nous permettent à tous de comprendre le mot fameux de Proudhon : "La propriété, c’est le vol !" ».
Encore mieux, en nous déplaçant avec ses marques, nous suscitons le désir chez les autres, et nous faisons ainsi la publicité à ceux qui nous volent...« Nous les louons ! » s’exclame Michel Serres.

Mariage : un contrat de location ?
Mariage : un contrat de location ?

Dernier exemple d’appropriation dans cette émission : les liens du mariage ! Ainsi l’écrit l’académicien, « les époux se séparent ou divorcent d’autant plus souvent qu’ils se voyaient unis pour toujours. Ils se croyaient propriétaires l’un de l’autre ». Le mariage n’est qu’un contrat temporaire de location. Et de faire la comparaison suivante : « le bœuf et l’esclave se marquent au fer rouge… la voiture au sigle d’une marque, et l’épouse à l’anneau d’or ! ».

La législation du divorce transforme l’ancien droit de propriété du mari sur la femme, ou inversement, en une simple colocation.

Dans son livre, Michel Serres poursuit sa démonstration en s’intéressant aux ordures, aux images et aux sons qui nous entourent et que nous produisons ; en d’autre terme la pollution en tant que telle, mais aussi la pollution visuelle et sonore…

En savoir plus :

- Michel Serres de l’Académie française
- Michel Serres sur Canal Académie

Michel Serres, Le mal propre : polluer pour s’approprier ?, éditions du Pommier, 2008.




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