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La canonisation de Jeanne d’Arc

par Jean CLUZEL

Jean CLUZEL, ancien secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences morales et politiques : "La canonisation de Jeanne d’Arc". Communication prononcée lors du colloque organisé par l’Académie des Sciences morales et politiques, pour commémorer le centenaire de la loi 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat.

Référence : js190905-14
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/La-canonisation-de-Jeanne-d-Arc.html

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Durée : 00:22:02

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Selon ses déclarations et la majorité des témoignages, Jeanne est née le 6 janvier 1412 dans le petit village lorrain de Domrémy. Ses parents, Jacques Darc (ou Tarc ou Dare, l’orthographe D’Arc n’apparaît qu’au XVI siècle) et Isabelle Romée, sont des paysans aisés.

A 13 ans, cette petite paysanne lorraine dit entendre des "voix" lui demandant de délivrer la France des Anglais. Jeanne veut rencontrer le roi de France et lui délivrer le message d’espoir de "ses voix" mais elle se fait renvoyer. Un an plus tard, Jeanne revient à la charge. A cette date, la situation militaire est critique. Baudricourt fait soumettre à Jeanne un exorcisme (pour bannir les soupçons de sorcellerie) et lui donne une petite escorte, pour se rendre à Chinon, où réside Charles VII.Charles VII offre à Jeanne une armure. Elle envoie chercher une épée enterrée derrière l’autel de Sainte-Catherine-de-Fierbois dont ses voix lui ont révélé l’existence. De nombreux témoins attestent l’authenticité de cet épisode.

Le procès commence le 9 janvier 1431, son déroulement est bien connu. On a conservé des documents qui prouvent l’intérêt des contemporains : dès 1435, deux membres du tribunal rédigent en latin le résumé du procès verbal. Elle ne tombe dans aucune des questions pièges destinées à l’accuser de sorcellerie. Une enquête prouve même sa virginité, ce qui lève tout soupçon de possession démoniaque, et lui donne son surnom "de pucelle d’Orléans". Le procès dure jusqu’au jeudi 24 mai : ce jour-là, dans une grande cérémonie au cimetière de Saint-Ouen, Jeanne accepte de reconnaître ses erreurs, d’abjurer et de signer le texte qu’on lui a préparé :"Moi, Jeanne, appelée la pucelle, [ ...] je confesse que j’ai gravement péché [...]" Elle échappe ainsi à la mort et est condamnée. Mais dès le lundi, Jeanne revient sur son abjuration, et le mercredi 30 mai 1431 elle est brûlée vive sur la place du VieuxMarché à Rouen.

Jeanne a incarné les espoirs de la population française, lasse de la guerre ; elle n’a certes pas créé le sentiment national mais l’a exprimé avec force et en conformité avec la mentalité de son siècle.

Les siècles suivants retinrent de Jeanne ce qui correspondait à leurs préoccupations ou à leurs intérêts : au XVI siècle, les catholiques en firent une héroïne contre les protestants lors des guerres de religions ; aux XVIIème et XVIIIème siècles, alors que se développe une pensée rationaliste, Jeanne est peu prisée, et on voit en elle au mieux une jeune fille un peu simplette manipulée par le parti de la cour et les ecclésiastiques. C’est à l’époque romantiquetique que se forme l’image de l’héroïne nationaliste et sainte, qui va se confirmer au cours des guerres qui opposent la France à l’Allemagne (1870-1914). C’est dans ce contexte que Jeanne est canonisée en 1920 : le 8 mai, jour de sa fête, est décrété fête nationale. L’histoire de Jeanne devient un thème politique : la gauche ne croit guère à ses voix, mais est séduite par la jeune fille issue du peuple qui a raison contre les élites la droite insiste, elle, sur la foi de Jeanne d’Arc, sur l’aide providentielle dont bénéficie la France en temps de péril, et en fait l’incarnation même du nationalisme.

Calendrier du centenaire de la loi de 1905

14 février 2005 : Séance solennelle de l’Académie pour l’ouverture du centenaire, sous la Coupole, en présence de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre.

- La distinction entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel en Occident,
- La Révolution française et le Concordat napoléonien dans les origines de l’Etat laïque,
- Idée laïque et idée républicaine sous la IIIe République,
- La loi de Séparation,
- Le sacré et le profane dans la mémoire de la nation républicaine

21-22-23 février :Colloque I : Sources et origines de la Séparation

- Les héritages antiques et médiévaux ;
- les héritages des « Lumières » et la Révolution ;
- l’Etat concordataire au XIXe siècle ;
- pensée religieuse et pensée laïque au XIXe siècle ;
- les prodromes de la Séparation et l’élaboration de la loi ;
- réception de la loi de 1905.

25-26-27 avril : Colloque II : La République et les religions en régime de Séparation un siècle de pratiques institutionnelles.

- De la Séparation à l’apaisement ;
- les pouvoirs publics et les religions en France : un « état des lieux » ;
- relations institutionnelles entre l’Etat et les religions : le régime général de la Séparation ;
- droits locaux d’Alsace-Moselle et d’Outre-mer ;
- le régime de l’enseignement confessionnel et des aumôneries ;
- un point sur les grandes questions juridiques actuelles.

19-20-21 septembre : Colloque III : La laïcité française dans son contexte international, singularité ou modèle ?

- Retour sur un processus historique : la laïcisation des relations internationales ;
- aspects religieux des relations internationales actuelles ;
- tour d’Europe des relations Eglises-Etat ;
- comparaison avec d’autres aires culturelles ;
- problématiques religieuses de la construction européenne ;
- courants religieux et philosophiques dans l’Europe actuelle.

4-5 novembre : Assemblée annuelle de la Conférence des Académies de province : La Séparation et ses conséquences à travers la France : l’apport de l’histoire locale.

28-29-30 novembre : Colloque IV : La laïcité aujourd’hui, valeur commune de la République ?

- Définir et penser la laïcité ;
- la laïcité, valeur partagée ? ;
- sentiments, croyances et pratiques religieuses dans la France actuelle ;
- loi républicaine et norme religieuse ;
- intégration, religion et communautarisme ;
- le fait religieux dans la culture et l’éducation laïque.

5 décembre : Séance solennelle de l’Académie à la veille du centenaire de la loi Plusieurs membres de l’Académie dressent le bilan des travaux de l’année : Jean Tulard, André Damien, Raymond Boudon. Conclusion prononcée par le Garde des Sceaux Pascal Clément.

Les textes des conférences sont disponibles sur le site Internet http://www.1905-2005.fr




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