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L’art du bien mourir
De quelques ars moriendi célèbres, par Bertrand Galimard Flavigny
Bertrand Galimard Flavigny présente les principaux traités des arts du bien mourir - ars moriendi - qui devinrent courant aux XVe et XVIe siècles. Ils aidaient à se défaire de la mort en en faisant une alliée plutôt que de la fuir. La solution ? La méditation.
L’automne fait frissonner. «J’ai vécu assez longtemps : et le chemin de ma vie se perd dans les feuillages jaunes et séchés», fait dire Shakespeare à Macbeth. Une image véhiculée dans les dictons populaires. La mort rôde, et plutôt que de la fuir, il convenait de s’en faire, sinon une amie, une alliée. Comment ? En méditant. C’est ainsi que les arts de bien mourir - ars moriendi - devinrent courant tout au long des XVe et XVIe siècles. Un des sujets les plus débattus durant la période médiévale, il revint en force vers 1470. L’apparition de l’imprimerie n’y était pas étrangère. Elle avait donné une voie nouvelle à l’Eglise. L’impression en latin puis en langue vulgaire d’ouvrages pieux permettait aux chrétiens qui savaient lire, une méditation personnelle et non plus collective sous la direction d’un prêtre. L’Eglise ne pouvait non plus laisser échapper des textes, même anciens, sans les contrôler. On estime à 75% au moins la proportion des ouvrages religieux dans la production typographique entre 1445 et 1520.
Le premier du genre, L’Ars bene moriendi… imprimé à Venise, en 1478, connut une extraordinaire diffusion. Cette première édition, avec date du texte latin, aurait pour auteur Mathieu de Krokov, évêque de Worms. On a cru pendant longtemps que son auteur était Dominique de Capranica, cardinal de Fernio, mais on a découvert qu’il en était le traducteur en italien. Ce texte fut de nombreuses fois réimprimé, notamment à Paris par Guy Marchant, en 1483 et fut suivi d’un grand nombre d’ouvrages du même type augmentés de différents morceaux. A noter que cette édition de Guy Marchant comporte la première marque de libraire ou d’imprimeur.
Les ars moriendi avaient une valeur pédagogique. Ils étaient destinés à se familiariser avec la mort, avec laquelle il convenait d’en faire une amie. Ces traités du « bien mourir », s’ils sont aujourd’hui une indication pour les bibliographes de l’origine des danses des morts, il convient de ne pas les confondre.
Citons ainsi le(...)
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