Canal Académie reçoit Alain Erlande-Brandebourg, ancien conservateur général honoraire du patrimoine et ancien directeur des Archives de France. Visitez avec lui l’Abbaye de Chaalis et découvrez son histoire...
L’abbaye de Chaalis fut fondée en 1137, à la fin du règne de Louis VI, qui souhaitait commémorer la mémoire de son cousin Charles de Flandres, sur le territoire du domaine royal, non loin de Senlis. Les moines venaient alors de Pontigny (Yonne), deuxième fille de Cîteaux, elle-même remontant à 1114 : avec ces fondations, effectuées du vivant même de saint Bernard, nous remontons aux origines de l’ordre cistercien.
Avant même l’édification de leur lieu de culte et de leur demeure, les religieux entreprirent les aménagements hydrauliques indispensables à la vie quotidienne : le cours d’eau domestiqué servait à l’alimentation, à l’hygiène et à la constitution d’un vivier.
L’église, consacrée en 1219, avec ses vastes dimensions (82 mètres de longueur et 40 mètres de largeur) était un des monuments gothiques les plus intéressants de l’Ile-de-France : il présentait en effet un chœur triconque.
L’abbaye de Chaalis
Malheureusement, de cet ensemble médiéval peu d’éléments témoignent aujourd’hui de l’ancienne splendeur de l’abbaye : passée sous le régime de la commande, elle vit ses ancien bâtiments monastiques remplacés par des corps de logis à l’architecture certes élégante, mais se différenciant assez peu de l’architecture profane. Pendant la Révolution, la vente en tant que Bien National épargna ces bâtiments, mais eut pour l’église les plus néfastes conséquences : elle se présente aujourd’hui sous forme de ruines, imposantes et pittoresques, mais permettant assez mal d’imaginer son apparence originelle. Seule demeure la chapelle de l’Abbé.
En 1902, Nélie Jacquemart acquit l’ensemble qu’elle légua à l’Institut de France en même temps que ses collections, dont une partie s’y trouve exposée.
Nélie Jacquemart-André (1841- 1912)
Les historiens ne sont pas restés inactifs, même si l’on peut regretter qu’aucune monographie complète ne soit disponible à ce jour sur Chaalis depuis celle de Lefèvre-Pontalis. François Blary a publié le résultat de ses travaux de recherches : Le domaine de Chaalis XIIe-XIVesiècle : approches archéologiques des établissements agricoles et industriels d’une abbaye cistercienne, Paris, C.T.H.S., 1989.
Cet auteur fait apparaître que dès 1204 le réseau des granges monastiques était constitué : l’une de ces granges jouxtait le monastère, et dix-sept autres étaient réparties sur un vaste territoire comportant aussi forêts, bois, carrière, habitations, et des installations permettant une véritable industrie tuillière, avec une cheminée de four dont les vestiges existent encore. Un vivier et une pêcherie appartenaient à un système hydraulique très élaboré.
La roseraie de l’abbaye de Chaalis
Plus récemment, la restauration du décor peint par Primatice (1504-1570) dans la chapelle abbatiale heureusement préservée révéla un aspect encore caché du goût raffiné du cardinal Hyppolyte d’Este (1509-1572) goût déjà bien connu grâce, entre autres, à l’hôtel du Grand-Ferrare commandé à Serlio (1475-1554). L’Annonciation, attribuée dès 1859 par Frédéric Reiset au Bolonais, après nettoyage, offre aux visiteurs un admirable spectacle. La lumière, les drapés et les modelés semblent mis au service d’une ferveur que l’on ne soupçonnait pas chez le prélat mondain ni chez le peintre de la cour de François 1er. Cet ensemble a fait l’objet d’une publication dirigée par Jean-Pierre Babelon Primatice à Chaalis (Paris, Nicolas Chaudin, 2007), où les aspects historiques, iconographiques et techniques sont exposés avec l’appui d’excellents clichés.
Intérieur de la chapelle royale de Chaalis, fresque de Primatice.
© Abbaye royale / Institut de France
En savoir plus :
Sur l’architecture cistercienne :
Marcel Aubert,... L’Architecture cistercienne en France : . Avec la collaboration de la marquise de Maillé
L’espace cistercien
Sur le décor de la chapelle abbatiale :
Dominique Cordellier (sous la direction de), Primatice, Maître de Fontainebleau, Paris, R.M.N, 2004.
Frédéric Reiset, Niccolo dell’Abate et les peintres de Fontainebleau ,Gazette des Beaux-Arts, III, 1859, p. 193-209 et 266-277.
Primatice à Chaalis, sous la direction de Jean-Pierre Babelon, publié par l’Institut de France, aux Editions Nicolas Chaudun, Paris, 2006.
Jean-Pierre Babelon, membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres, administrateur de l’Abbaye de Chaalis
Abbaye de Chaalis, fondation de l’Institut de France