Jacques Julliard, historien et journaliste de renom (Nouvel Observateur), est un intellectuel de gauche (de la seconde gauche), mais un intellectuel de gauche en voie de disparition : il est à la fois anti-totalitaire et chrétien, certain de ses engagements mais suffisamment intelligent pour aller puiser certaines de ses inspirations du coté d’une littérature catholique – qualifiée par certains de « réactionnaire ». Pour autant, il n’y a pas de confusion entre ses engagements politiques et ses convictions chrétiennes. « Je trouve » dit-il, « dans mon socialisme une manière d’exprimer des convictions chrétiennes ». Il proclame que les origines du monde démocratiques sont chrétiennes et que la gauche demeure parfois anticléricale par souci d’identité plus que par raison. Il y a là, dit-il, un « marqueur identitaire ». Critique à l’égard de la gauche, considérant qu’elle a sous-estimé la politique, il rêve d’un « pascalisme de gauche » à savoir une distinction des ordres, une prise en considération du mal et de ses ravages par tous ceux qui croient au progrès social.
Depuis quelques années, l’âge venant, Jacques Julliard semble rendre hommage à ses sources. En 2003, dans des discussions avec Benoit Chantre, il fait une sorte d’autobiographie intellectuelle. Titre du livre : « Le choix de Pascal ». Le livre vient de reparaître en poche. En 2007, il donne ses papiers et sa bibliothèque à la Bibliothèque nationale. Et là, en 2008, dans « L’argent, Dieu et le Diable » (et avec comme sous-titre : « Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne ») publié chez Flammarion, il rend hommage à ses trois maîtres catholiques.
Comment lire ce livre ?
Il raconte ses rencontres, datées, précises, avec ces trois auteurs. Par ailleurs, il plaide leur cause face à ceux, surtout à gauche, qui les rangent dans cette improbable mais diabolique « France moisie ».
Ajoutons à cela une détestation commune contre le monde moderne. Julliard s’en prend au « fric », à cette perte du sacré, à ce nivellement par la marchandise. Il va même jusqu’à dire que trois morales (celle de l’aristocratie, de la chrétienté et des socialistes), apparemment opposés, sont, en réalité trois morales de l’excellence et de la solidarité collective. Et que ces morales sont maintenant battues en brèche par l’individualisme régnant.
Bel hommage, donc, par cet intellectuel, à ses trois maîtres catholiques.
Eléments bibliographiques
Clemenceau briseur de grèves, 1965
La IVe République (1947-1958), Calmann-Lévy, 1968 (rééd. Le livre de poche, 1988)
La CFDT aujourd’hui, Seuil, « Essais », 1975 (avec Edmond Maire)
« Le Monde » de Beuve-Méry ou le métier d’Alceste, Seuil, « Essais », 1979
La République du centre, Hachette, « Pluriel », 1989 (avec François Furet et Pierre Rosanvallon)
Chroniques du septième jour, Seuil, « Essais », 1991
La droite et la gauche, Robert Laffont, 1995
La faute aux élites, Gallimard, 1997
Pour la Bosnie, Seuil, « Essais », 1998
L’année des dupes, Seuil, « Journal de la fin du siècle », 1998
L’année des fantômes. Journal 1997, Grasset, 1998
Ce fascisme qui vient, Seuil, « Essais », 1999
Dictionnaire des intellectuels français (dir.), Seuil, 2002 (avec Michel Winock)
Le choix de Pascal, Desclée de Brouwer, 2003 (entretiens avec Benoit Chantre)
Rupture dans la civilisation : le révélateur irakien, Gallimard, 2003
Que sont les grands hommes devenus ? Essai sur la démocratie charismatique, Saint-Simon, 2004
Le Malheur français, Flammarion, « Café Voltaire », 2005
La Reine du monde, Flammarion, 2008
L’argent, Dieu et le Diable, Flammarion, 2008