« La question précise est non pas de savoir si on peut appeler l’islam conquérant parce qu’il a fait des conquêtes, mais s’il est essentiellement conquérant, ou encore s’il relève de sa nature propre, de conquérir » Roger Arnaldez.
Dans cette communication qu’il a donnée en 1994 devant ses confrères de l’Académie des sciences morales et politiques, en séance le 31 janvier, Roger Arnaldez tente de répondre objectivement à cette question. Pour cela, il met en rapport le Coran et les hâdith avec l’histoire de l’islam des premiers siècles de l’Hégire, celle des Arabes bédouins du Hedjaz convertis à la nouvelle religion par le prophète Muhammad.
L’influence de leurs pratiques guerrières, liées à leur mode de vie nomade, ont-elles eu un rapport avec les formes d’expansion de l’islam, qu’on nomme souvent derrière l’expression « les conquêtes de l’islam » ? Roger Arnaldez, en philologue explicite les mots arabes de razzia et de jihâd . Il distingue d’une part la conquête de la « migration » et « l’invasion » d’autre part en s’appuyant sur les écrits d’historiens musulmans comme Baladhurî (IXe siècle).
Roger Arnaldez évoque juste sans s’y attarder les voies « pacifiques », c’est -à-dire, pour lui économiques de l’expansion de l’islam.
Pour savoir si l’islam est une religion conquérante, il considère l’idée que les juristes musulmans se font du jihâd. Il explique la lente formation juridique de la conception religieuse du jihâd. Pour cela, il s’appuie sur des versets du Coran, des hâdith , sur les écrits d’Ibn Abbâs (mort en 687 après J-C), sur les commentaires des Jalâlayn.
Roger Arnaldez rappelle « que la guerre sainte ne doit pas être inhumaine et sauvage ». Le jihâd est-il défensif ou offensif ? « Or c’est là une question à laquelle on ne peut clairement répondre » nous dit-il, « parce que les docteurs ne l’ont pas, à ma connaissance, délibérément traitée. Ce qui est sûr, c’est que certains d’entre eux penchent vers la conception d’une guerre défensive, et ils s’appuient sur des textes coraniques relatifs aux pactes conclus entre les musulmans et des infidèles. Notons qu’alors, la théorie du jihâd devient la base du droit musulman. » Il nous fait comprendre combien il est difficile de savoir si essentiellement l’islam est conquérant.
Après avoir considéré « la question du point de vue de l’image que l’islam, par ses docteurs, par sa politique et par ses activités, a donné de lui-même dans le passé », Roger Arnaldez s’interroge sur la place du jihâd en pays d’islam dans le contexte de l’année 1994. Là encore, ils se réfère au Coran, il explique l’apparition au XXe siècle d’un jihâd interne à l’islam reposant sur des modèles anciens qu’il apparente au terrorisme tout en précisant que ces « groupes ne représentent pas tous les musulmans et qu’ils ne parlent qu’au nom de leur islam particulier, on ne peut honnêtement s’appuyer sur eux pour conclure que l’islam est conquérant. »
Cette émission « A voix lue » proposée par Marianne Durand-Lacaze complète la série des émissions consacrées au portrait de Roger Arnaldez. Vous entendrez la lecture de la communication de cet académicien par le comédien Patrick Hamel.
Roger Arnaldez était membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, décédé le 7 avril 2006, à Paris, à l’âge de 94 ans. Avec lui disparaît l’un des meilleurs connaisseurs français de l’islam. Professeur émérite à l’Université de Paris-IV Sorbonne, philosophe de formation, auteur d’une trentaine d’ouvrages portant sur l’islam, la philosophie médiévale et la pensée d’Averroès, l’homme était profondément chrétien, partisan depuis les années trente, d’une démarche œcuménique et d’ouverture sur les autres religions. On lui doit principalement des livres où dialoguent les monothéismes, des ouvrages sur l’islam et sur les écrits des commentateurs du Coran.
Pour retrouver l’intégralité du texte de Roger Arnaldez , consultez le site Internet de l’Académie des sciences morales et politiques.
Sur cet académicien retrouvez nos deux émissions « En habit vert » dans la médiathèque de Canal Académie : Hommage à Roger Arnaldez.